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Les taxis de la déroute

Dans le pays de Born et plus précisément à Sanguinet, la libération eut lieu en septembre 1944. Un soulagement précédé d'anecdotes à l'image de la réquisition des mules et muletiers par l'armée allemande en convoi vers le nord.

Ils se nommaient Fernand de Baluntin, Raton, Maurice de Marrache, Paul dou Fort, Roger de Jeantiron, Chouchou, Charlot de Baptiste, Isnel dou Mignoun ou Victor Daraillan. Des muletiers parmi tant d'autres qui ont subi, malgré eux, la déroute allemande. Dans cette région, les mules et chevaux étaient pratiquement le seul moyen de transport avec le vélo.

"" A Sanguinet, je crois qu'il n'y avait que quatre ou cinq véhicules ( camions et camionnettes) et une douzaine de motos "" Roger Darnaudguilhem, le garde municipal, se souvient très bien malgré sa jeunesse à l'époque. Et puis les anciens, dont il ne reste plus grand monde, ont souvent raconté leurs épopées, mélanges de d'inquiétude, de tristesse mais aussi d'anectodes.

Si la libération fût accueillie avec une immense joie, elle n'en fût pas moins précédée par des périodes troubles, d'anxiété, de hantise. "" On craignait toujours le retour des troupes ennemies. On se cachait malgré la proclamation de la libération sur les ondes"" Dans ce pays de résiniers, les mules et muletiers, couples inlassables des travaux forestiers, furent souvent mis à contribution par les Allemands. "" Les gens étaient rémunérés, mais très peu par rapport à ce que l'on pouvait gagner. Entre les travaux de la ferme et ceux obligatoires, il y avait un travail énorme. La nuit, on allait moudre le grain au moulin. On nous redonnait bien souvent davantage de con que de farine "".

Janvier 2025

Propos recueillis par Francis Nin

Sur le chemin de Lapaillette

"" Sitôt après le débarquement de juin 1944, rajoute Raymond Sentucq, les Allemands réquisitionnent muletiers, attelages et hommes du village pour effectuer des barrages de rondins ( bilons de 3 à 4 mètres de haut) sur la route de Lapiraou, Pas du Braou, chemin de la Moulette, Craste Bille,....Ironie du sort, le jour de la foire de Sanguinet, le troisième dimanche d'août, les colonnes allemandes remontant vers le Nord raflent toutes les bicyclettes des gens circulant dans le bourg et sur les routes allant chercher le pain ou se rendant à la messe. Avertie rapidement de la fauche des vélos, la population démonte, cache, planque, pare au plus pressé, tout ce qui reste des glorieux ""clous""aux pneus pleins. L'ordre de réquisition lancé par l'occupant dans la semaine du 19 au 26 août, attelages ( mules et chevaux), bros, motos, autos en état de marche se dirigent sur la place du village ( monument aux morts actuels). La grosse vedette métallique à moteur stationnée depuis le débarquement sur la route du lac, remorques et divers matériels roulants sont acheminés par les muletiers sur le chemin de Lapaillette. Vers l'embouchure de la Gourgue. Un endroit marécageux où pousse une végétation dense.  En effet, à cette époque de hauts roseaux recouvrent toutes les parties des plages actuelles.

Le matériel stocké sur ce lieu ( Beau-Rivage), les artificiers du génie allemand déposent des charges explosives et font sauter tout ce qui ne peut être transporté ou tracté, faute de camions. Depuis quelque temps, la troupe d'occupation basée à Sanguinet se borne à un vieux fedwel surnommé ""Moustache"" et à une section d'un dizaine d'hommes à vélos, fusils, casques et masques à gaz. "

Janvier 2025

Propos recueillis par Francis NIN

En route vers Orléans

Dès le 26 août 1944, mules et muletiers, attelages et bros sont contraints de prendre la route. "" les chargements hétéroclites d'hommes de troupes et leurs paquetages prennent la direction de Bordeaux. Les beaux side-car et autres véhicules de 1940 nous font dire qu'ils étaient arrivés en landau, ils repartent en lambeaux!'' dit Momon.

Dans toutes les parties des Landes forestières, c'est le même spectacle. L'étrange caravane de muletiers remonte vers le Nord. Passé Bordeaux et Saint André de Cubzac, de nombreux conducteurs d'attelages faussent compagnie à leurs "clients", quittent les convois et retournent dans leurs foyers. Les autres, harcelés par le maquis ou l'aviation alliée, atteindront les bords de la Loire. Ils ne devront leur salut qu'en abandonnant à leur tout, mule et charrette aux environs d'Orléans et rentreront tant bien que mal au pays. ""Ce sera l'aventure rocambolesque des Jean Mora, Raquin, Arnaud Bestavent et consorts (voir ci-dessus), nous disent Roger Darnauguilhem et Raymond Sentucq . L'ouest et le Centre de la France s'étant libérés, une grande partie des attelages de mules et chevaux seront regroupés et marqués par les nouvelles autorités françaises. Dès le rétablissement des communications, vers octobre-novembre 1944, les mairies furent avisés d'aller chercher les attelages. " les muletiers repartirent, en train cette fois,rechercher leurs biens et rentrèrent par la route dans le courant de novembre."

Malgré un brin de pagaille, quelques uns ont pu retrouver leur bétail grâce, notamment, au marquage mais aussi à quelques signes distinctifs. "" l'une était borgne, l'autre grisonnante, tâchée, l'âge avancé ou même méchante comme celle qu'avait acheté mon père à une vente des Domaines. Elle s'appelait Candide et portait mal son nom. Il ne fallait pas l'approcher par derrière, sinon on prenait une sacrée ruade. D'ailleurs cette mule avait tué un Allemand et blessé plusieurs personnes dans ces conditions "dit Roger, le garde. D'autres firent le voyage à vide, les maquignons s'étant emparés des plus belles bêtes dont certaines n'avaient plus de jougs ni colliers.

Pendant ce temps, Sanguinet s'était libéré sans trop de difficultés. Dès le départ des Allemands, les comités de libération se mirent en place pour gérer la vie publique. "

Janvier 2025

Propos recueillis par Francis NIN

 

Beaucoup ne retrouvèrent pas leurs bêtes, ceux qui avaient tout perdu furent indemnisés.