Ils furent nombreux à refuser de partir travailler (STO) au service de l’occupant, au service de l’Allemagne nazie. Ces jeunes ont fait un autre choix, rejoindre les Forces françaises et alliées en Afrique du Nord via l’Espagne avec le risque que cela comportait. L’accueil que le gouvernement du général Franco réserverait à cette vague d’évadés constituait une inconnue assez inquiétante.Au tout début des passages, Franco interne les évadés de France par l’Espagne dans des camps concentrationnaires comme Miranda où les conditions de vie furent extrêmement sévères.
Au fil du temps, il assouplit sa position et négocie avec les alliés la libération des prisonniers en échange de sacs de blé. Lors de l’entrevue d’Hendaye, le 23 Octobre 1940, il refusera à Hitler le passage par l’Espagne pour attaquer Gibraltar. Son attitude lui vaudra après 1945 l’indulgence des Américains.
Dès le mois de Juillet 1940, le département des Pyrénées Atlantiques fut coupé en deux par la ligne de démarcation. A l’Ouest : la zone occupée correspondait en gros au Pays Basque.A l’Est : la zone libre correspondait au Béarn. Après le 11 Novembre 1942, la France entière fut occupée.
Le Béarn et la Vallée d’Aspe connaissent à leur tour le joug allemand. L’ennemi installa parallèlement à la frontière une nouvelle ligne limitant un territoire dit : zone interdite.Hormis les habitants des quelques villages,
Nul ne pouvait pénétrer ou circuler dans cette zone. En été, la présence des troupeaux était interdite dans les estives jouxtant la frontière. Les Allemands pensaient ainsi arrêter l’exode des jeunes Français réfractaires au S T O et des résistants regagnant leurs bases en Afrique du Nord. C’était sans compter sur la Résistance locale.
Dans chaque village de la vallée, la Résistance et les départs s’organisent. Par deux, ou par groupes plus importants, les jeunes rejoignent la frontière en empruntant des itinéraires différents. La plupart du temps, ils sont accompagnés par “les passeurs” ayant une connaissance parfaite de la montagne et surtout des itinéraires suivis par les patrouilles allemandes et leurs chiens. La frontière est étroitement surveillée. Il faut plusieurs heures pour l’atteindre. La marche d’approche se fait de nuit. Au mois de mars, la neige recouvre tout et cache les sentiers. La colonne doit cheminer péniblement sous les ordres du passeur qui impose silence et discipline.
Malheureusement dans toute guerre il y a des salopards qui n'hésitent pas à vendre leur âme pour quelques billets en collaborant avec l'occupant.
Déporté à Sachsenhausen - 20 mars 1943 / 20 mai 1945
Récit de Gilbert Noailles
"" Quand la guerre se déclara en 1939, j’avais 16 ans, je travaillais chez moi avec mes parents qui avaient un commerce de primeurs et de poissons. Mon plus grand plaisir était le sport, que je pratiquais depuis l’âge de 9 ans : athlétisme, basket, rugby, cyclisme, puis le bal.
Je vis partir mon oncle puis mon père à la guerre et j’en éprouvai une très grande peine. A partir de ce moment-là, il me fallut remplacer mon père pour tenir le commerce. Il y avait une dérogation pour les enfants dont le père était mobilisé pour passer le permis de conduire des autos et camionnettes. C’est ce que je fis au mois de septembre 1939.
Je me mis aussitôt à remplacer mon père au commerce. Cela se passa assez bien pendant cette drôle de guerre. Puis vint mai 1940 et les allemands attaquèrent.
Quelle tristesse, un mois après, d’avoir les troupes allemandes aux portes de Bordeaux. Lorsque je vis arriver les premiers Allemands en side-car dans mon village de Sanguinet, je fus très choqué, avec une assez grande peur, car mon grand-père m’avait tant raconté la guerre qu’il avait faite en 1914. Ils n’occupèrent pas aussitôt le village. Cela se fit plus tard avec les soldats de l’aviation, étant donné que nous étions les voisins du camp de Cazaux.
C’était un capitaine qui avait fait la guerre de 1914 qui commandait cette troupe. Il était très raide dans son uniforme avec sa tête rasée et nous laissait comprendre que c’était bien lui le patron. Un jour que nous jouions avec des camarades au bar de Mme Triscos, il arriva, se mit en face de nous en nous disant “moi, je vous défends ça”. Nous avons aussitôt cessé de nous amuser ; mais déjà ça avait frappé très fort dans ma tête.
Dans ma famille nous écoutions radio Londres et nous étions très hostiles à l’armée d’occupation. Mon père avait été démobilisé et avait repris ses occupations au commerce, ce qui me retirait mes responsabilités et me permettait de mieux pratiquer mon sport, sans oublier d’écouter la BBC tous les jours.
En 1942, j’avais grandi et l’idée de rejoindre les forces françaises libres me prit. J’en fis part à mon camarade d’enfance et de toujours qui me dit “si tu pars, je viens avec toi”. A partir de ce jour, nous nous sommes mis en quête pour essayer de trouver une filière ; nous faisions cela dans le plus grand secret. Nos familles n’étaient pas au courant. Le temps passait et jamais rien. Ce fut en mars 1943 que l’on découvrit la filière, et déjà étaient partis 2 convois de jeunes de la commune voisine de Biscarrosse et cela semblait avoir réussi. Nous avons fait part de notre projet à un autre camarade de Sanguinet Roger Labat qui décida de partir aussi avec nous. Nous en avons averti nos familles qui bien sûr en éprouvèrent une grande tristesse. Mais nos parents comprenaient bien qu’il fallait lutter contre l’occupant et qu’il fallait pour cela faire des sacrifices afin de retrouver nos libertés. Personne à part nos familles ne devait savoir notre départ. Le secret fut bien gardé et lorsque tout fut bien prêt nous avons quitté le village pour nous diriger vers le devoir et l’aventure.
Je suis parti de Sanguinet le 12 mars 1943 avec cinq autres camarades qui étaient : Roger Labat, Marcel Dupuy, Alfred Caubit, Charles Maurie et Louis Lourtier, pour tenter de franchir la frontière espagnole afin de rejoindre les forces françaises libres en Algérie.
Nous avons été transportés par la voiture de M. Lourtier père, jusqu’aux portes de Bayonne, puis nous avons marché jusqu’à Biarritz où nous avions rendez-vous avec nos passeurs au bar national. Pour une raison inconnue, nos passeurs ne vinrent pas ce jour-là et cela nous obligea à passer la nuit dans ce bar.
Le lendemain, vers 14 heures, un nommé Jean Dufour qui nous avait fait connaître la filière, vint nous chercher. Nous avons donc pris la route en direction de la frontière. Nous marchions à une centaine de mètres les uns des autres, afin d’éviter de se faire repérer. Nous avons marché jusqu’à l’entrée de la nuit. Ensuite deux passeurs nous ont pris en charge et nous avons entamé notre marche par les forêts et la montagne. Nous avons marché jusqu’à 1 heure du matin. Nous étions exténués par cette longue marche.
Nos passeurs qui devaient nous conduire en territoire espagnol nous indiquèrent qu’ils n’iraient pas plus loin et nous donnèrent un petit chemin à suivre, chemin qui d'après eux, nous conduirait en territoire espagnol. Nous avons parcouru environ 200 mètres sur ce petit sentier qui montait vers une colline.
En haut de cette colline nous étions attendus par la patrouille allemande. Les Allemands nous firent des sommations d’arrêt en espagnol. Nous avons pensé que nous avions à faire aux carabiniers. Il faisait une nuit très noire. Puis nous avons entendu cette phrase, avec l’accent allemand, que nous connaissions tant “vous ne devez pas bouger ou nous tirons”. A cet instant nous avons compris à qui nous avions à faire. Je me trouvais devant mes camarades avec Roger Labat et nous étions pris dans le faisceau des torches électriques. Nous nous sommes jetés à terre et les quatre autres camarades qui marchaient derrière nous se laissèrent rouler le long de la colline. Les Allemands ouvrirent le feu, les mitraillettes crépitaient et les balles sifflaient. Par bonheur, personne ne fut touché.
Roger Labat et moi qui étions les plus près de la patrouille avons été arrêtés. Les quatre autres camarades qui avaient réussi à s'échapper se perdirent tout d’abord dans la montagne mais réussirent par la suite à franchir la frontière et furent enfermés dans le camp de Miranda en Espagne. Par la suite, ils furent dirigés vers le Portugal où ils embarquèrent et rejoignirent les forces françaises libres. L’un d’eux débarqua en Normandie avec la 2ème division blindée du Général Leclerc. Quant aux trois autres, ils débarquèrent en Italie et en Provence.
Lorsque Roger Labat et moi avons été arrêtés, la première question que nous posa le chef de la patrouille était de savoir combien d’hommes s’étaient sauvés et d’en connaître le nom. Nous avons répondu que nous ne les connaissions pas, qu’ils s’étaient joints à nous pour franchir la frontière. Cela nous coûta quelques coups de crosse. Puis les mains sur la tête nous avons marché jusqu’à Sare où nous avons été enfermés à la Kommandantur.
Le lendemain nous avons encore été interrogés et nous sommes restés fermes sur nos premières déclarations. Il ne fallait surtout pas parler car cela aurait été trop dangereux pour les familles de nos camarades.
Nous sommes restés enfermés trois jours à Sare, puis conduits à Hendaye à la Gestapo. Nous avons toujours répondu la même chose. Après huit jours passés à Hendaye, nous avons été conduits à Bordeaux au fort du Hâ. Au cours de ce voyage, nous étions transportés dans des wagons normaux. Il y avait un soldat qui gardait chaque compartiment. Tout ce wagon était réservé spécialement pour transporter tous les jeunes gens qui s’étaient fait prendre dans la zone interdite.
Lorsque nous sommes passés à Lugos puis Caudos qui n’était qu’à dix kilomètres de chez moi, j’ai réussi à faire passer un mot pour annoncer notre arrestation à nos parents afin d’éviter que d’autres jeunes gens ne partent par la même filière. Hélas ! Ce mot arriva trop tard car huit jours après notre arrestation, il y eut un groupe de neuf autres jeunes gens qui furent arrêtés dans les mêmes conditions, ce qui voulait dire que les passeurs nous avaient vendus.
Le mot que j’avais réussi à jeter du train qui nous conduisait à Bordeaux, fut retrouvé par une jeune fille de Sanguinet qui gardait un passage à niveau au lieu-dit Sillac. La coïncidence voulut que cette jeune fille s’appelait Noailles comme moi, un mois plus tard je retrouvais son frère Marc dont la famille était sans nouvelles. C'est dans la cour du fort du Hâ à Bordeaux au moment où nous avons été rassemblés pour être embarqués vers Compiègne que je l’ai rencontré et qu’il m’a raconté son arrestation.
J’ai été enfermé 36 jours au fort du Hâ, où nous étions 11 dans une cellule de 4 personnes. Nous avions des poux et surtout des punaises qui me piquaient la nuit, j’avais de grosses cloques.
A la fin du mois de mars, nous avons été embarqués dans des wagons normaux à la gare de Bordeaux jusqu’à Compiègne, où nous sommes restés au camp Royallieu jusqu’au 8 mai 1943 ; puis nous avons été embarqués dans des wagons à bestiaux en direction de l’Allemagne. Le voyage a été atroce car nous étions trop nombreux dans les wagons et nous avons beaucoup souffert de la soif.
Le 10 mai nous sommes arrivés en gare d’Oranienburg vers 1 heure du matin. Quand le wagon fut ouvert, les SS se ruèrent sur nous et nous rouaient de coups de schlague en hurlant comme des fous. Nous devions aller reprendre nos chaussures qui avaient été mises en tas sur le quai de la gare, où se trouvaient quatre SS qui continuaient à nous battre, ce qui nous obligea à prendre n’importe quelle paire de chaussures, trop grande ou trop petite. De toute façon nous n’avions pas le temps de nous chausser. Le trajet jusqu’au camp se fit pieds nus (les chaussures nous avaient été retirées à cause d’une tentative d’évasion, aux environs de Metz).
Nous avons été conduits au camp de Sachsenhausen, sous une pluie de coups de crosse, de schlague, par les SS qui continuaient à hurler des insultes. Il était environ 2 heures du matin quand nous avons franchi la porte du camp. Nous avons été parqués à droite de la place d’appel et ce fut un moment de calme.
Aux premières lueurs du jour, la cloche du camp sonna et, un peu plus tard, on vit les détenus arriver pour l’appel du matin.
Je fus très surpris en voyant tous ces hommes d’une grande maigreur et avec ce costume rayé bleu et blanc.
Notre colonne d’un millier d’hommes avançait lentement vers un bloc qui était le secrétariat où était enregistré notre nom et où nous étions dépouillés de tout ce que nous possédions.
Après nous avoir rasés de la tête aux pieds puis désinfectés avec un liquide qui nous piquait la peau, on nous donna notre habit rayé et deux matricules que nous devions coudre, l’un sur la veste et l’autre sur le pantalon.
Désormais je n’étais plus un homme ; j’étais un numéro après m’être habillé en bagnard. Je fus conduit au bloc 39 qui était le bloc de la quarantaine ; ceci pour nous apprendre la discipline du camp.
Après 30 jours de quarantaine, nous fûmes affectés à un bloc, puis au kommando de travail Speer qui était réputé très dur.
J’eus la chance d'être affecté au bloc 48, où je rencontrai 2 mineurs du Nord Pas de Calais qui étaient au camp depuis 1941. C’étaient les premiers déportés français.
Ils connaissaient bien la vie concentrationnaire. Ils me prirent en charge avec une grande gentillesse, je n’avais que 19 ans et j’appréciai d’être avec ces camarades qui avaient dépassé la trentaine, je me sentais protégé. Ils m’ont appris la vie du camp, à me méfier de tout le monde car il y avait des mouchards et il s’y passait beaucoup de choses qu’il était bon de savoir.
Léon Devermelle et Lucien Houzeaux m’ont beaucoup aidé et je leur dois une partie de ma vie. Un soir, à l’appel, Lucien fut prévenu qu’il allait être libéré. Il était très surpris car cela n’était pas courant et se demandait si ce n’était pas un piège ; mais il fut bien libéré. J’ai revu Lucien après la guerre, il n’a jamais su les raisons de sa libération.
Léon resta avec moi au bloc 48. Nous étions à la même table et avions le même châlit car il travaillait de nuit et moi de jour chez Speer.
Nous avons été séparés quand j’ai été malade en mars 1944, atteint d’une broncho-pneumonie. Léon est parti au camp d'Auschwitz et a eu la chance d’en réchapper. J’ai eu le plaisir de revoir Léon et Lucien chez eux à Harnes dans le Pas de Calais en 1947. Je n’ai jamais oublié mon camarade Léon que je considérais comme mon grand frère.
Lorsque je fus arrivé au kommando Speer, je fus affecté à la colonne 4 si redoutée des détenus car on y faisait les plus durs travaux du kommando : terrassement, canalisations, transport avec les wagonnets de briques qui étaient fabriquées à Klinker et que nous devions charger dans des péniches.
Cette Colonne 4 était commandée par un espèce de fou, portant le matricule 17. C’était un droit commun, ancien criminel dans la vie civile, qui avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il était d’une cruauté extrême et était responsable de la mort de beaucoup de détenus. J'ai passé dix mois à cette colonne, jusqu’à ce que j’ai eu la broncho-pneumonie.
Je suis rentré au revier avec une très grosse fièvre et crachant du sang. Après une douche froide, j’ai été conduit dans la salle des pleurésies et broncho-pneumonies. Je souffrais beaucoup du poumon droit. Deux jours plus tard, j’ai été conduit dans la salle des TBC. J’étais donc suspecté de tuberculose. Mon moral en a pris un grand coup et je me voyais condamné à brève échéance. Je suis resté 8 jours dans cette salle. Je toussais beaucoup et crachais toujours du sang. Un infirmier polonais vint me dire “français tu as une grande chance, tu n’es pas tuberculeux et tu reviens dans la salle des pleurésies”. Mon moral remonta au plus haut et mon état s’améliora lentement. J’étais très content d’être dans le revier car j’étais à l’abri des intempéries et dispensé d’appel et surtout du travail au kommando.
Pendant mon séjour au revier, j’ai vu arriver le 18 avril 1944 sur une grande remorque les hommes qui furent tués pendant le bombardement du kommando Heinkel. Ils étaient empilés les uns sur les autres. Ces morts furent entassés devant la pathologie, puis tirés vers l'intérieur et en ressortaient complètement nus et étaient rechargés sur la même remorque. La plupart étaient sanguinolents. Lorsque la remorque fut rechargée de cadavres, elle prit le chemin de la station Z, pour le four crématoire. Après un mois passé au revier, le médecin SS fit une inspection et décréta que j’étais à nouveau bon pour le travail et que je devais revenir au kommando.
A la sortie du revier, j’eus la désagréable surprise d’être affecté au bloc 64 où il n’y avait que des Polonais, des Russes et des Ukrainiens. Heureusement pour moi qu’il y avait aussi deux Français qui travaillaient au kommando Speer où on me renvoya le lendemain.En y arrivant, je me suis infiltré dans la colonne 8 où le travail était léger. Je fus affecté au dénuement des fils électriques pour la récupération. J’avais un travail assis et cela dura jusqu’au bombardement du kommando, le 10 avril 1945. Il était beaucoup mieux protégé des intempéries, on maigrissait moins et cela permettait de conserver sa lucidité.
Il y avait 2 km 500 de trajet à pied pour aller au kommando. L’hiver ce parcours était très dur, avec le froid, la pluie, la neige et toujours un vent très froid. L'été, c'était plus facile le matin, mais plus pénible le soir, à cause de la chaleur et de la fatigue du travail fait dans la journée.
Nous devions toujours marcher en colonne par 5 et très rapprochés du camarade qui marchait devant nous, afin de diminuer la longueur de la colonne. Lorsque nous arrivions le soir à la porte du camp, nous devions laisser 2 mètres de distance pour être comptés et surveillés, au cas où nous aurions pu entrer quelque chose dans le camp. Un jour, je fus pris au passage de l’entrée du camp par un chef de bloc qui me fit retirer du rang. Cela avait attiré son attention : j’avais dans ma poche une paire de chaussettes de laine brute de brebis que m’avait envoyée ma mère dans un colis et que j’avais eu la chance de pouvoir garder. Comme elles étaient très sales, j’avais réussi à les laver au kommando pendant les heures de travail et comme le soir au moment de rentrer au camp elles n’étaient pas encore sèches, je les avais mises dans ma poche pour les faire sécher dans la nuit sous la paillasse du châlit. Dès que je sortis de la colonne, le chef retira les chaussettes de ma poche, en m’accusant de les avoir volées. Je lui assurais que c’étaient bien les miennes en lui expliquant que je les avais lavées au kommando. J’entendis dire “sabotage”. Il m’emmena jusqu’au bloc où l’on distribuait des coups sur les fesses et annonça que je devais en recevoir dix. Il y avait là une table où je fus placé, les mains sanglées et les pieds enserrés, devant 3 ou 4 chefs de bloc et le SS. Le schlague officiel me distribua les dix coups. J’avais mis entre mes dents mon mützen “béret”, pour ne pas crier et ne pas donner ce plaisir aux assistants. Quand les coups furent terminés on me relâcha.; mes chaussettes me furent supprimées. Je suis resté une dizaine de jours sans pouvoir m’asseoir et j’étais obligé de dormir la nuit sur le ventre mais j’étais tout de même heureux de m’en sortir ainsi, car un petit incident pouvait vous coûter la vie.
Le 10 avril 1945 le kommando fut bombardé par l’aviation américaine. Lorsque les premières bombes tombèrent, je m’enfuis de la baraque où je travaillais. J’ai couru vers le fond du kommando que bordait une forêt et quand je suis arrivé contre la clôture, j’ai vu une grande brèche dans celle-ci. Les premières bombes qui étaient tombées sur le kommando avaient coupé le courant électrique. Le bombardement était intense, ce qui avait provoqué une grande panique chez nos gardiens et chez les déportés. Profitant de ce grand désordre je me suis infiltré dans la brèche pour aller me cacher dans la forêt pensant y être beaucoup plus à l’abri. J’ai couru, m’éloignant environ de 200 mètres et je me suis caché au bord d’un petit lac. Plusieurs autres déportés avaient suivi le même chemin. Nous nous abritions près des arbres car le bombardement continuait.
Une nouvelle vague d’avions arriva et par la fusée blanche qu’avait lancée l’avion leader, je compris que les bombes allaient tomber tout près de nous. Puis on aurait dit que la terre se dérobait sous moi. Relevant un peu la tête, j’aperçus à une dizaine de mètres un grand trou qu’avait fait une de ces bombes.
Aussitôt je me suis précipité dans le trou car je me souvenais que mon grand-père qui avait fait la guerre de 14/18 m’avait raconté qu’il était rare que deux obus tombent dans le même trou.
J’ai dû me mettre aussitôt sur le dos car le sable était brûlant. Quelques minutes après, un autre déporté s’est joint à moi. C’était un jeune Russe. Nous avons attendu la fin du bombardement. Les bombes incendiaires avaient mis le feu à la forêt et tout brûlait autour de nous. Pendant le bombardement les avions avaient lancé des tracts où était dessinée l’avance des alliés. La fin de la guerre semblait être proche et pourtant nous étions encore loin de nos peines et de la libération.
Lorsque le bombardement fut terminé, alors que je m’apprêtais à sortir du trou, je ressentis une douleur à mon pied ; j’avais perdu ma galoche et mon pied était tout ensanglanté. Je sortis péniblement de ce trou avec l’aide du jeune Russe et je me dirigeai vers le lac pour y laver ma blessure. Quelle fut ma stupéfaction d’apercevoir au bord du lac un gros poisson agonisant. Il avait été tué par les déflagrations des bombes tombées dans le lac. J’en oubliai ma blessure, la faim étant plus forte que la douleur. Je le pris et me mis à le mordre à pleines dents. Le jeune Russe ayant vu la scène s’approcha pour avoir sa part de poisson. Notre faim un peu apaisée, nous décidâmes de cuire ce qu’il en restait. Après avoir rassemblé des brindilles de sapin qui brûlaient encore, nous le fîmes griller. C’était la première fois depuis dix ans que nous n'avions plus faim.
Le jeune m’aida à laver ma blessure ; j’avais reçu un éclat de bombe sous la plante du pied, d’où pendait un lambeau de chair.
Pendant un instant j’avais pensé à m’évader, mais étant blessé, avec le crâne rasé et la tenue de bagnard, cela s’avérait impossible. Nous sommes donc revenus vers le kommando. Les SS avaient encerclé le bois et tiraient sur tous les fuyards. Lorsque nous sommes arrivés à la brèche, il y avait un SS en arme qui gardait la sortie. Nous n’étions pas rassurés car nous nous demandions comment il allait réagir envers nous. Il nous fit signe de rentrer sans un mot de plus. C’était bien la première fois depuis que j’étais arrivé au camp que je voyais un SS calme.
Le kommando était complètement rasé ; les baraquements de bois étaient tous démolis et continuaient à brûler. Il y avait eu plusieurs morts et beaucoup de blessés. Les blessés dont je faisais partie furent chargés sur des chariots que les déportés valides durent tirer jusqu’au camp, et conduire au ravier. Les morts furent portés à la station Z au four crématoire.
Au revier, après m’avoir examiné le pied, un médecin voulait m’opérer pour couper le lambeau de chair déchiquetée. Il voulait commencer le travail mais la douleur était si forte qu’il décida de m’endormir. Je ne voulais pas car je redoutais un piège. Ce fut un infirmier belge nommé Brunel que j’avais connu au bloc 48 qui me rassura et m’endormit à l’éther. En me réveillant dans la nuit, j’eus des nausées et me mis à vomir. Je regrettais tout ce poisson qui ne profiterait pas à mon organisme. Je me rendormis et dans mon sommeil j’entendais le bombardement de la gare d’Oranienburg qui était fait par l’aviation anglaise.
Lorsque je me réveillai le lendemain, je souffrais de ma blessure ; j’avais le pied dans un gros pansement de bandes de papier. Trois ou quatre jours après, la douleur s’atténua et j’étais heureux de me retrouver au revier car c’était le seul endroit où l’on pouvait trouver un peu de calme ; j’étais exempté d’appel et la nourriture était un peu plus abondante. ; j’y ai passé dix jours. Lorsque l’infirmier belge vint me voir et me demanda “Gilbert peux-tu marcher?” je lui répondis que non afin de rester le plus longtemps possible au revier. Il finit par me dire que les SS évacuaient le camp et que le revier devait sauter avec les malades. Il me fit un gros pansement avec plusieurs bandes de papier et vint me faire passer la grille, puis me dirigea vers la place d’appel où était la dernière colonne qui s’apprêtait à sortir du camp. C’était le 21 avril au soir. Je m’infiltrai dans la colonne. J’ai eu la chance d’y retrouver deux camarades de mon bloc : Gaston Baron de Metz et André Gentlullerme d’Attricourt qui m’ont beaucoup aidé au cours de la marche. Chaque détenu portait une couverture, une boule de pain et une boîte de pâté pour la route. La colonne d’environ 500 détenus quitta le camp vers 20 heures.
Les SS hurlaient à nos côtés pour nous faire activer le pas. Nous avons marché tard dans la nuit. Nous entendions au loin le bruit de la canonnade, ce qui indiquait que les troupes russes n’étaient pas loin. Il y avait des lueurs d’incendie en direction de la ville d’Oranienburg.
Nous fîmes une petite pause au milieu d’un bois et lorsque le jour pointa, la colonne reprit la marche. Nous avons marché sous la pluie toute la journée. J’étais inquiet car les bandes de papier qui protégeaient mon pied risquaient de ne pas tenir. Heureusement que j’avais renforcé mon pansement avec les lanières de ma couverture.
Le soir, les SS nous parquèrent encore dans un bois pour y passer la nuit. Nous nous serrions les uns contre les autres pour nous réchauffer un peu. Nous avons dormi malgré nos vêtements mouillés. Il fallait essayer de récupérer pour la marche du lendemain.
Quand nous sommes repartis au petit matin, j’étais très courbaturé et j’avais très mal au pied. J’ai eu la chance que mes deux camarades Gaston et André soient à côté de moi pour m’aider à marcher tout au long de la journée. Il ne fallait surtout pas s’arrêter car les SS nous exécutaient aussitôt d’une balle dans la tête. La route était d’ailleurs marquée par beaucoup de détenus qui n’avaient pas eu la force d’aller plus loin. La journée s’acheva très péniblement pour moi. Le soir, la colonne fut encore parquée dans un bois. La pluie avait cessé de tomber dans la journée ce qui avait permis de sécher nos vêtements. La nuit se passa mieux pour moi car je réussis à bien dormir. Le lendemain se passa un peu mieux mais la faim nous tenaillait car nos vivres étaient finis et il fallait se rabattre sur les jeunes pousses, les écorces de bouleau et les herbes, le soir, lorsque les SS nous arrêtaient dans les bois.
Dans la journée il ne fallait surtout pas s’écarter de la colonne car les SS tiraient sans sommation.
La marche a duré treize jours et nous avons perdu un grand nombre de camarades. Lorsque ma colonne a été libérée à Crivit, nous n’étions plus qu’environ deux cents.
Au cours de cette marche de la mort, les SS parquèrent un jour toutes les colonnes dans les bois de Below à côté de Wittstock. Nous sommes restés là deux nuits et beaucoup de camarades y terminèrent leur calvaire. Quelques jours après, j'ai été libéré à Crivit le 4 mai 1945 par les soldats russes.
La veille nous nous sommes arrêtés dans un bois, à côté d’une ferme. Il y avait une meule de paille et curieusement les SS nous en laissèrent prendre. C’était une aubaine. Nous en avons étendu sur le sol et, serrés les uns contre les autres, nous avons dormi profondément ; au matin, alors qu’il faisait grand jour, nous avons été étonnés de ne plus voir nos gardiens. En fin de matinée, on vit arriver deux soldats russes qui nous signalèrent à leurs troupes. Une heure après arriva un groupe de soldats qui venaient nous chercher ; ils nous conduisirent derrière leur ligne pour que nous soyons totalement à l’abri.
Je suis resté huit jours à Cruwitz. J’avais la dysenterie et mon pied était très enflammé. J’étais dans un état de grande faiblesse. Les Russes me soignèrent, me donnèrent des chaussures convenables. Après ce petit séjour, je suis parti avec plusieurs camarades français vers Schering où se trouvait l’armée américaine qui devait nous rapatrier vers la France.
Pour nous rendre à Schering, nous avons réquisitionné dans une ferme un cheval et un chariot qui servait aux travaux de la ferme. Nous avons confectionné un drapeau, bleu blanc rouge, et nous avons rejoint les lignes américaines au village de Muss. Nous avons passé la nuit dans un moulin où se trouvaient des déportés STO et des prisonniers de guerre. Dans ce moulin, j’ai rencontré un prisonnier landais de Solférino qui connaissait très bien mon père. Il avait des habits militaires qu’il me donna, ce qui me permit d’abandonner ma tenue de bagnard. Le lendemain, nous avons rejoint la caserne Adolf Hitler à Schering où je suis resté une huitaine de jours, le plus souvent allongé, étant très faible. Je n’étais pas très bien soigné car il y avait beaucoup de malades et peu de médicaments. Enfin vint le jour du retour !
Nous avons été pris en charge par les Anglais et conduits en camions GMC jusqu’à la frontière avec la Hollande, puis nous sommes arrivés à Lille par le train.
Comme tous les autres déportés j’étais dépourvu de papiers d’identité. La sécurité militaire me remit une fiche de transport qui servait de pièce d’identité.
On nous a dirigés vers Paris et conduits à l’hôtel Lutetia où nous sommes restés trois jours. C’est à cet hôtel que j’ai pris ma première douche qui m’a dépouillé de toute ma vermine, c’était la première fois que je couchais dans un lit après 27 mois d'internement. J’ai dormi profondément durant de nombreuses heures. J’ai été très bien soigné par du personnel bénévole qui était très gentil envers nous. Le 25 mai au matin, j’ai enfin pris le train à la gare d’Austerlitz via Bordeaux.
C’est dans la petite gare de Lamothe que ma mère m’attendait avec un transporteur bénévole qui m’a reconduit dans mon village de Sanguinet. Il y avait beaucoup d’amis pour m’accueillir. Parmi eux, certains pleuraient de me voir dans cet état de maigreur. Ouf ! C’était fini de souffrir physiquement mais hélas pas moralement, je revenais seul, sans mon ami Marc Noailles qui ne reviendrait pas. Plus tard, j’apprenais le décès de Roger Labat.
Puis la vie reprit ; mon tempérament optimiste et gai, mon entourage, mes amis me permirent de me relever de ce cauchemar.
Deux ans après, je reprenais mon travail au commerce avec mes parents, ainsi que mes activités sportives.""
Gilbert Noailles matricule 66448
Qu'a fait Gilbert à son retour de captivité
Frères et soeurs - descendants : quelques anecdotes
Articles, coupures de journeaux ou vidéos.
Récit de Gilbert Noailles
Jean (Roger), avec qui j’avais été arrêté, a été séparé de moi, après avoir passé la quarantaine avec moi au bloc 39 du camp d’Oranienburg Sachsenhausen.
Il fut affecté au kommando de Küstrin qui se situait au bord de l’Oder à la hauteur de Francfort sur Oder.
Lors de l’avance russe au mois de janvier 1945, le kommando fut évacué. Une partie des déportés revint au grand camp et l’autre partie, où Roger se trouvait, partit vers Buchenwald et Dachau. Les déportés firent de longues marches très pénibles dans la neige et le grand froid de cet hiver 1945. Beaucoup tombèrent en route, terrassés de fatigue et abattus par les SS.
La marche de Roger s’arrêta au camp de Dachau. Il était complètement épuisé et très malade mais il avait conservé toute sa lucidité. Quand les troupes alliées délivrèrent le camp, il était au bout du rouleau. Il a été transporté à l’hôpital américain de Dachau mais tous les soins qu’il put avoir n’arrivèrent pas à sauver sa vie.
Il est mort courageusement avec seulement la consolation de savoir que la guerre était gagnée et d’avoir le sentiment que sa cause à combattre le nazisme, contre lequel il avait tant lutté, n’avait pas été vaine. Il décéda le 26 mai 1945 à Dachau et son corps fut rapatrié quelques mois après.
Je fus très affecté par sa mort d’autant que j’étais arrivé dans notre village de Sanguinet le 25 mai 1945. Puis un jour, sa famille fut prévenue par Monsieur le curé de Sanguinet. Ce dernier avait reçu une lettre d’une sœur qui faisait partie de la mission vaticane qui partait au secours des malades et qui avait soigné Roger.
Plus tard, après ma libération, j’ai rencontré d’autres camarades d’Oloron Sainte Marie qui avaient été avec lui au kommando de Küstrin. Ils m’ont toujours dit qu’il avait eu un comportement admirable de courage tout au long de son séjour à Küstrin et qu’il avait aidé beaucoup de camarades car c'était un garçon d’une grande robustesse, toujours prêt à se dévouer pour un autre.
J’ai aussi été voir le prêtre d'Espelette (dans les Pyrénées atlantiques) qui m’a raconté sa fin très courageuse.
Que faisait Roger avant de partir à la guerre
Frères et soeurs - quelques anecdotes
Articles, coupures de journeaux ou vidéos.
Après la fin de la guerre, quand fut inauguré le premier stade municipal, les dirigeants de l'époque, en accord avec le conseil municipal,
décidèrent que le terrain de sport porterait le nom de Roger Labat. Ainsi, le maire Michel Etchar entamait ses propos , lors de la cérémonie inaugurale, poursuivant brièvement sur une
rétrospective de la tragédie de celui dont le nom désormais domine l'entrée du stade.
Un conseil municipal quasiment au complet, l'abbé Lacouture, une centaine de personnes de la localité et d'ailleurs s'étaient réunis pour la circonstance autour de la famille du malheureux sanguinétois qui a vécu un calvaire en déportation.
Jean le frère de Roger, Gilbert Noailles l'ami et le compagnon, ainsi que Michel Etchar ont dévoilé, ce 27 novembre 1995, la magnifique enseigne, oeuvre du talentueux Momon Sentucq.
Longtemps après sa mort, Roger Labat , joueur exemplaire de l'équipe première du SAC rugby, revit au travers cette brillante idée des dirigeants du SAC. Dans la maison du rugby, où un vin d'honneur ponctuait cette amicale et sincère manifestation, un superbe agrandissement d'une photo de 1943 a réveillé de nombreux souvenirs. C'était le 15 ou jouait Roger Labat.
Article de Francis Nin pour SO ( 27/11/1995)
D'après le récit de sa famille
Marc a disparu de Sanguinet au début de l’année 1943. Il était l'ainé de quinze enfants.
Sa famille ne savait pas ce qu’il était devenu après qu'il soit parti, par le train, remettre un cadeau (poste de radio) à une connaisance à Dax.
Sans papier il ne peut justifier de son identité. Il est arrêté par la police allemande et conduit dans les locaux de la
Kommandatur.
Il est aussitôt dirigé vers le fort du Hâ à Bordeaux sans avoir pu donner de nouvelles à sa famille.
Roger Labat, Gilbert Noailles et leurs camarades ont été rassemblés au fort du Hâ à Bordeaux. Quelle fut pas leur surprise de retrouver Marc Noailles avec tous les détenus en partance.Ils ont embarqué dans des
trains en direction du camp
Royallieu à Compiègne.
Lors du transport par train en direction de Bordeaux, à Sillac, lieu de résidence d'une des soeurs de Marc, un objet a été lancé par une fenètre. L'autre soeur, présente, se précipita pour ramasser l'objet , un caillou enveloppé d'un mouchoir avec un petit mot sur un papier disant qu'ils avaient été arrêtés, sans préciser qui était concerné.
Gilbert Noailles, Roger Labat et leurs camarades d'infortune sont arrivés à Compiègne début mars 1943, puis dirigés le
8 mai 1943 vers le camp de Oranienbourg-Sachsenhausen au nord
de Berlin. Quant à Marc Noailles il est dirigé sur celui de Bergen Belsen. A partir de cette date, on perd la trace de Marc Noailles.
Son père, Jean, sans nouvelle à la fin de la guerre et à la délivrance des camps, se rendit à Paris avec Mr Caliot afin de rencontrer les autorités chargées de recenser les déportés non revenus des camps. C'est la qu'ils apprirent la mort de Marc au camp de Bergen-Belsen en mai 1944.
né le 09 juillet 1922 à Sanguinet (Landes - Décédé le 25 janvier 2017 à Cazaux (La Teste de Buch Gironde) à l'âge de 94
ans.
Que faisait Marcel avant la guerre : Boulanger
La nuit était intense. Nous avons entendu " restez là, ne plus bouger" puis la patrouille allemande s'est mise à tirer, nous avons entendu les balles siffler. Eparpillés, je me suis retrouvé avec un camarade de Biscarrosse que je ne voyais pas.
Lors de l'interpellation par la patrouille allemande près de la frontière espagnole, avec Les quatre autres camarades ( qui avaient réussi à s'échapper se perdirent tout d’abord dans la montagne mais réussirent par la suite à franchir la frontière et furent enfermés dans le camp de Miranda en Espagne. Par la suite, ils furent dirigés vers le Portugal où ils embarquèrent et rejoignirent les forces françaises libres. L’un d’eux débarqua en Normandie avec la 2ème division blindée du Général Leclerc. Quant aux trois autres, ils débarquèrent en Italie et en Provence.