Cette page est un extrait du site du Conseil Départemental des Landes : Les Landes au rythme de la France du XIX siècle http://www.histoiresocialedeslandes.fr/landes_traditionnelles.asp
L'organisation sociale de la production agricole dans les Landes, pendant la première moitié du XIXe siècle, fait apparaître une division de la société rurale en cinq grandes catégories sociales : les propriétaires non-exploitants, les petits propriétaires exploitants, les métayers et fermiers et enfin, les journaliers. Toutefois, la société rurale s'organise selon une organisation complexe et hiérarchisée. Les deux critères permettant de distinguer différentes catégories sociales sont dans un premier temps la propriété de la terre, puis dans un deuxième temps leur situation dans la production
La catégorie des non-propriétaires est constituée d'un côté des fermiers et métayers engagés, pour des durées variables, auprès d'un propriétaire et attachés à une parcelle, et de l'autre, de travailleurs agricoles payés directement pour leur contribution à la production.
Jusqu'au milieu du XIXe siècle, le territoire de la commune de Sanguinet (comme dans l'ensemble des Landes) est dominé par un système agricole traditionnel mêlant cultures et élevage. Ce système est le résultat de l'équilibre établi entre les hommes et une nature encore imparfaitement apprivoisée et inégalement transformée. Le paysage se compose alors de trois types d'espaces ou de zones : la forêt, les landes et les exploitations agricoles. Malgré quelques variations sensibles entre les différents espaces qui composent le paysage, on estime que les surfaces cultivées représentent seulement 5 % de la surface, tandis que la lande, faite de végétation rase et spontanée, représente l'espace le plus important. Il faut également préciser qu'à cette époque, les surfaces boisées ne représentent pas l'essentiel du paysage landais. Cette omniprésence de la lande est liée à son rôle essentiel dans le système agricole, à travers la nourriture qu'elle fournit aux moutons qui constituent l'essentiel du cheptel. Ainsi, les hommes apportent une grande attention à l'entretien de la lande, à travers la pratique de l'incinération (la burle), qui permet de brûler les plantes trop vieilles et trop dures pour les animaux et de faire place nette pour des plantes jeunes et tendres. Même s'ils n'exercent pas une maîtrise totale sur l'environnement, les hommes contribuent à le façonner directement par l'incendie, et indirectement par la pratique de l'élevage, et en particulier du pacage extensif sur les landes communales.
Les paysans élèvent essentiellement des moutons, mais, la raison d'être de cet élevage n'est pas la production de viande ou de laine, mais d'engrais sous forme de fumure pour les terres agricoles. En effet, les sols, trop pauvres et trop acides, n'autorisent que de faibles rendements et seul l'engrais animal, constitué des excréments des bêtes, recueillis dans la lande, permet d'atteindre une production agricole satisfaisante. Et encore, celle-ci n'est-elle destinée qu'aux besoins alimentaires des familles paysannes. Cette agriculture vivrière est pratiquée de façon intensive sur de petites exploitations de 3 à 5 ha. Tout le paradoxe de l'agriculture landaise tient justement dans le fait que des sols pauvres sont mis en valeur de façon intensive par la culture, sur la même parcelle, d'une céréale de base (le plus souvent le seigle) et d'une céréale secondaire (le millet ou le maïs), sans jachère. Ceci n'est possible que par l'apport de l'engrais animal. Une exploitation moyenne de 5 ha, nécessaire pour nourrir un foyer d'une dizaine de personnes, a ainsi recours à un troupeau de 100 à 150 moutons, dont l'entretien requiert 100 à 150 ha de landes de pacage. On perçoit bien, à travers ce rapide calcul, les difficultés d'un système agricole précaire, résultat de l'adaptation à un milieu difficile.
Aux cultures proprement alimentaires, comme le seigle ou le maïs transformées grâce aux quelques moulins de cette époque, viennent s'ajouter plus rarement quelques autres productions orientées vers l'autoconsommation. C'est par exemple le cas de la production de chanvre. Même si cette culture commence à régresser dès le milieu du XIXe siècle dans les Landes, il semble qu'à cette époque, on peut encore trouver dans la plupart des familles, notamment dans les familles de métayers, au moins une personne sachant filer et tisser le chanvre, ce qui contribue à en faire l'un des textiles caractéristiques de la région, cité dans bon nombre d'inventaires de dot jusqu'à la fin du XIXe siècle. La vigne reste, quant à elle, une production minoritaire et surtout très localisée, puisqu'elle concerne surtout l'est du département, compris dans la zone viticole de l'Armagnac.
Enfin, aux productions vivrières viennent parfois s'ajouter quelques produits qui sont destinés à la vente et qui entrent dans un système d'échanges locaux. La forêt est ainsi déjà exploitée pour la production de bois et de résine, tandis que les abeilles peuvent fournir du miel et de la cire qui étaient revendus. De façon plus marginale, on peut également ajouter aux productions vivrières l'élevage de quelques rares vaches, fournissant du lait et de la viande, ou les fruits de la cueillette, de la pêche et de la chasse.
L'enquête sur la vie économique et sociale réalisée en 1852 dans le département permet d'évaluer la répartition de ces différentes catégories dans la population rurale. Il apparaît ainsi que les propriétaires exploitants sont encore nombreux à l'époque du système agropastoral. Il est important de remarquer que les paysans exploitant une parcelle sur la base du fermage sont en fait très peu nombreux, au regard de l'ensemble de la catégorie des non-propriétaires et surtout au regard de l'omniprésence des métayers. On voit ainsi que le métayage, qui perdure dans le système sylvicole, est déjà largement diffusé dans le système précédent. Les deux catégories les plus nombreuses sont donc celles des petits propriétaires exploitants et celle des métayers, et, malgré quelques variations selon les cantons ou les communes, celles-ci se répartissent en général de manière égale l'exploitation de la terre. Ces deux groupes centraux constituent à la fois la part majoritaire et le cœur de la société rurale ; c'est autour d'eux que s'organise sa hiérarchisation.
Malgré un niveau de vie général relativement modeste, l'univers des campagnes se structure autour de distinctions complexes et multiples. Les grands propriétaires, dont le patrimoine compte de nombreuses parcelles dans diverses communes et parfois dans divers cantons, dominent bien sûr largement cette société et, renvoyant à la figure bien connue du notable rural, exercent sur celle-ci une tutelle pesante, en particulier sur les métayers. À l'influence exercée dans le domaine religieux et politique, s'ajoutent les intrusions dans la vie quotidienne de ces derniers ou lors des grands moments de la vie. Le métayer voit ainsi souvent le propriétaire devenir parrain de ses enfants ou conduire sa fille dans son nouveau foyer lors de son mariage. Toutefois, à côté de ces personnages, survivances de l'Ancien Régime, il convient de rappeler la présence, dans la catégorie des propriétaires non-exploitants, de diverses catégories sociales, comme par exemple les artisans, pour qui la propriété de la terre ne constitue qu'un revenu d'appoint.
Petits propriétaires exploitants et métayers semblent dans la plupart des cas se rejoindre par la modestie de leur niveau de vie. Même si ces derniers se voient contraints, par le contrat qui les lie à leur propriétaire, de reverser une part substantielle de leurs récoltes (entre la moitié et les deux tiers), les petits propriétaires exploitants ne sont pas toujours mieux lotis. Bon nombre ne possèdent en effet que de petites parcelles, dont le rendement ne permet pas, à lui seul, de nourrir une famille souvent nombreuse. Ainsi, une distinction subtile, mais lourde de sens, peut intervenir entre des propriétaires dont la parcelle suffit à assurer la consommation du foyer, voire permet de commercialiser un léger surplus, et des propriétaires plus modestes, contraints de travailler pour le compte d'autres afin de s'assurer des revenus suffisants. Une autre distinction subtile traverse le groupe des travailleurs ruraux qui ne sont pas liés par un contrat de fermage ou de métayage, et qui donc ne sont pas rattachés à une parcelle particulière. Parmi ces derniers, on distingue en effet, les domestiques, et les journaliers à proprement parler. Les premiers sont le plus souvent des hommes, célibataires, qui s'agrègent à un foyer de petits propriétaires ou de métayers pour apporter leur aide à l'exploitation d'une parcelle. Les seconds, véritables ouvriers agricoles, vivent en familles autonomes et vendent leur force de travail dans plusieurs exploitations, au gré de la demande.
L'un des signes les plus visibles de cette hiérarchisation réside sans doute dans les formes, l'architecture et la taille de l'habitat. Dans ce domaine, les grands propriétaires se distinguent surtout par leur absence dans l'univers rural quotidien, car, au fil du XIXe siècle, bon nombre d'entre eux ont en effet rejoint les villes ou les bourgs. Les distinctions interviennent, par contre, de façon décisive entre les différentes catégories d'exploitants agricoles. La majorité des propriétaires laboureurs vit, en effet, dans des " maisons de maître ", reconnaissables à leur taille, puisqu'elles comptent jusqu'à une dizaine de pièces, à leur toit à trois eaux et à leur façade-pignon agrémentée d'un auvent (estanade en gascon). Ce dernier est sans doute l'élément de prestige dont la valeur symbolique est la plus forte. Il matérialise la frontière entre le foyer et l'extérieur et permet de recevoir les visiteurs, sans les faire pénétrer dans l'espace privé. L'habitat des métayers est plus modeste. Souvent situé au voisinage immédiat d'une maison de maître, il est composé d'une maison rectangulaire à quatre pentes (dont éventuellement, une prolongée à l'ouest), sans auvent, et surtout de taille plus réduite (rarement plus de six pièces). Enfin, l'habitat des journaliers, qui prend le nom de meysonet ou maysonet (petite maison), et dont le type est moins bien défini, est surtout caractérisé par sa petite taille (le plus souvent trois à quatre pièces) et par la simplicité de son architecture.
Pour compléter ce tableau des
Landes traditionnelles, il convient de revenir sur certains aspects du quotidien de leurs habitants et de leur sociabilité. Afin de rendre compte de cette univers, il paraît en premier lieu
important de revenir sur l'organisation des foyers paysans, leur structure et la répartition des tâches au sein de ceux-ci. Un modèle général d'organisation se dégage rapidement, montrant
des variations en fonction des différentes catégories paysannes. Chez les propriétaires exploitants comme chez
les journaliers, le modèle dominant est celui du foyer mononucléaire, auquel s'agrègent parfois les
grands-parents âgés, tandis que chez les métayers on constate une omniprésence des foyers polynucléaires. Cette organisation dépend largement du rapport à la
terre et à la propriété. Ainsi, les journaliers, qui ne sont pas rattachés à une parcelle, ne sont pas assurés de pouvoir travailler tout au long de l'année et vivent dans une situation
relativement précaire. Ils ne peuvent donc prendre le risque de constituer un foyer nombreux, auquel se joindraient des parents âgés. A l'inverse, les métayers sont rattachés à une
parcelle, et la présence des grands-parents, ou d'autres parents proches, permet d'augmenter la capacité de travail du foyer sans avoir recours à des domestiques. De plus, les familles
de métayers ne sont pas attachées à la terre par un lien de propriété, et la constitution de foyers polynucléaires permet dans certains cas de garantir une transmission des parcelles aux enfants.
La variété des situations chez les propriétaires exploitants tient, quant à elle, à des situations économiques elles-mêmes variables selon la taille des propriétés et des familles. Il convient
toutefois de relativiser l'ensemble de ce modèle au regard de la capacité globale d'adaptation des différentes catégories sociales. En effet, malgré l'existence des tendances générales décrites
plus haut, il semble que des pratiques multiples ont pu coexister, en fonction des situations de chaque famille. Selon la taille des parcelles ou des familles, propriétaires et métayers ont su en
effet adapter l'organisation de leurs foyers pour garantir la transmission des parcelles ou des revenus satisfaisants.
Au sein de ces foyers, en particulier ceux des métayers, la répartition des tâches, qu'il s'agisse des travaux agricoles ou domestiques, se fait à la fois selon le sexe et l'âge.Les femmes se répartissent ainsi, selon leur âge, entre femmes " du dedans " et femmes " du dehors ". Les premières, les plus âgées, s'attachent à la cuisine, au ménage et à l'éducation des enfants. Les secondes, plus jeunes et disposant d'une force de travail suffisante, collaborent aux travaux agricoles. Elles se chargent des jardins potagers, du soin des animaux et participent à divers travaux des champs : fenaisons, fauche des plantes de la lande, récolte de la gemme. La distinction par âge est moins marquée chez les hommes, membres de la famille à proprement parler, ou domestiques. On constate surtout que les tâches sont toujours attribuées. Un homme est ainsi chargé du gemmage, un autre de la mise en valeur de la parcelle, un autre du troupeau, etc. La distinction par âge apparaît surtout pour ce qui est de la garde du troupeau, qui, contrairement à une idée reçue, n'est pas attribuée à un jeune garçon, mais au plus âgé des hommes. Cette tâche requiert en effet une bonne connaissance des bêtes et surtout, il n'est pas question de se priver de la force de travail d'un homme jeune. Les deux personnages principaux du foyer et de l'organisation domestiques sont la daunel et le chef de tinel. La première est la femme la plus âgée ; femme " du dedans " par excellence, elle régit l'ensemble des travaux domestiques. Le chef de tinel, qui, selon les cas, est son mari ou son fils, fait figure de véritable chef de famille. Il donne le ton de l'activité agricole, détermine le moment des récoltes, répartit les tâches et gère les revenus de la famille. L'organisation domestique est sensiblement la même dans les familles de propriétaires exploitants, en particuliers celles qui regroupent plusieurs générations. Seules, les familles de journaliers fonctionnent de façon différente, là encore du fait qu'elles ne sont pas attachées à une parcelle. Leur vie s'organise donc au grè des travaux dans les diverses exploitations. Il est seulement possible de préciser que les femmes de journaliers participent sans doute plus systématiquement que les femmes de métayers ou de propriétaires exploitants aux travaux agricoles, afin d'assurer pour le foyer des revenus suffisants.
L'essentiel, voire la totalité de
la production agricole est destinée à la consommation des paysans eux-mêmes. Ainsi, les céréales, comme partout ailleurs dans les campagnes françaises, servent de base à l'alimentation et le rôle
du meunier revêt une importance capitale : le seigle, et plus rarement le froment, sont utilisés pour confectionner le pain, tandis que le maïs et le millet, très
courants, servent à confectionner des bouillies (cruchade, escauton) et des galettes (miques). La consommation de viande de boucherie (bœuf,
veau, mouton) est très réduite (4,5 kg par an et par habitant dans le canton de Sore, 3 kg par an dans celui de Pissos). Seul, le cochon est partout un aliment de consommation courante. Chaque
foyer élève et engraisse dans un petit enclos (lou courteilh) un cochon, tué dans la période de Noël, et qui permet de cuisiner l'un des plats quotidiens, la
soupe au confit, agrémentée le plus souvent de chou et tranches de pain.
Du fait de son importance dans le quotidien des familles paysannes, l'abattage du cochon rejoint les grandes dates de la vie religieuse, comme Pâques, pour
constituer, au fil de chaque année, l'un des grands moments de la vie sociale des Landais.
A l'échelle du quotidien, cette sociabilité est surtout marquée par la rudesse des travaux agricoles auquel la taverne sert bien souvent d'exutoire. Le dimanche, en marge de la participation à l'office religieux, la visite à l'auberge constitue en effet le second rendez-vous régulier de la semaine des paysans landais. Autour de la " chopine ", on y rencontre amis et concitoyens, on discute et on se laisse parfois aller à l'ivresse. A l'occasion, les excès de boisson des Landais frappent les enquêteurs urbains venus rendre compte des " mœurs locales ", surtout parce qu'ils tranchent avec le tempérament solitaire et silencieux prêtés aux habitants dans leur besogne quotidienne.
Janvier 2025
Les Sanguinétois, bergers, résiniers ou métayers offraient autrefois le même type physique. Leur taille était en dessous de la moyenne. Leur apparence était celle d'êtres nerveux mais chétifs et maladifs "semblant vivre à regret".
L'état sanitaire était mauvais: la durée moyenne de la vie ( qui ne dépassait pas les 60 ans) était de 34 ans. Le Sanguinétois était sans défense, en proie à toutes les maladies. C'étaient la petite vérole, la carie dentaire provenant de la oicivité des eaux d'alimentation, la malaria ou fièvre des marais combattue par la quinine, la scrofule, la pellagre, déterminée soit par la consommation d'un mauvais maïs ou par la maladie des brebis " la pelle", répandue dans le monde des bergers.
Les conditions de vie matérielle étaient un obstacle au développement de la race.
L'habitation était généralement une cabane en bois, basse, avec poutrelles et torchis, au toit de chaume écrasé et plat, rarement couvert de tuiles. L'emploi de la pierre dans ce pays sablonneux, ne se généralisera que plus tard, avec l'aisance et les facilités de transport. Le sol était en terre mal battue et la seule pièce de la maison où se trouvait la famille ne prenait jour que par d'étroites lucarnes. L'hiver était dur car le bois était rare. Attenant à l'habitation, une grange renfermait quelques provisions et un maigre bétail.
Le mobilier était des plus sommaires et grossier. Les métayers aisés possédaient des armoires, des coffres et se servaient de matelas et de nappes de toiles; les autres se contentaient de lits de bruyères et s'éclairaient avec des chandelles de résine.
La nourriture n'était ni variée ni substantielle. Le landais mangeait du pain de seigle, noir et mal pétri, de la
cruchade, farine de seigle et maïs, cuite dans l'eau et assaisonnée de jus de lard mousset ; on y ajoutait des sardines de Galice, des anguilles frites au vinaigre et un peu de fromage. On
consommait peu de viande, sauf les jours de fête où le menu s'augmentait de volailles, de mouton, de fougasse ou gâteau pétri avec des oeufs, de millas, pâte mélangée au miel, de pilat, pâte de
mil avec du lait, de fruits et parfois de gibier. La boisson était une eau en général nocive par son contact avec l'alios, que l'on coupait avec un peu de vinaigre. Le vin n'était que rarement
servi mais il arrivait que le dimanche, le berger ou le gemmeur en consommassent outre mesure au cabaret communal. L'eau de vie et le café étaient d'un usage très restreint et ne figuraient que
sur la table des propriétaires.
Le vêtement, fait de laine grossière, se composait d'une chemise de lin ou de chanvre filés et tissés sur place, d'un gilet à manches longues sur lequel on mettait une veste à manches courtes, d'un pantalon et, en hiver, se complétait d'une peau de mouton jetée sur l'épaule en guise de manteau. On allait nu-pieds ou avec des sandales. Un béret brun ou noir, coiffure traditionnelle du paysan gascon, recouvrait la tête et les jours de fête, était remplacé par un chapeau noir. Des guêtres couvraient les jambes. Le costume des femmes consistait en un jupon blanc, une robe brune, un bonnet de gaze gauffré haut monté avec des rubans rouges attachés sous le menton et un fichu de couleur.
Le Sanguinétois aimait à se divertir, le dimanche, au bourg éloigné parfois de plusieurs kilomètres de son habitation. Il se plaisait à la danse, à la farandole, aux courses de taureaux, sans oublier de faire de longues stations au cabaret.
A la maison, la femme vaquait aux soins du ménage et travaillait aux champs. Elle était tenue dans une situation inférieure et ne prenait sa place à table qu'au moment du passage d'un invité. Les enfants à partir de dix ans couchaient dans la grange tout habillés. Ils quittaient parfois le domicile paternel pour se procurer des moyens d'existence.
Les mariages (x)étaient prématurés et l'immoralité se traduisait par la naissance de beaucoup d'enfants illégitimes. Un vieil usage voulait que la fille demandée en mariage fît connaître son refus aux envoyés de son prétendant par la présentation d'un plat de noix, ou signifiât son consentement par l'offre de raisins secs, d'amandes et de fromage.
Les funérailles, comme chez les anciens, s'accompagnaient d'un cortège de pleureuses ; les parents suivaient le cercueil jusqu'à l'église et se couchaient pendant l'inhumation. L'anniversaire de la mort était célébré par un repas funèbre.
Les traits du caractère landais ne le montrent pas généralement sous un jour favorable. On le représente peureux et paresseux, ignorant et imprévoyant, défiant et taciturne, avare et pillard et au surplus, superstitieux à l'excès, victime des charlatans, sorciers et devins. Il se signe quand le vent gémit dans les bruyères car c'est le soupir d'une âme en peine. Il croit aux fantômes qui courent la nuit dans les bois, au cri de l'orfraie passant sur sa tête, présage de la mort d'un parent, aux fées qui remplissent d'or le vase qu'on dépose au pied du chêne sous lequel elles vont danser la nuit et quand l'orage se prépare il dit " voici le roi Arthur qui passe avec sa meute.
Mais à côté de ses défauts, peut-être exagérés, on s'accorde à reconnaître au landais des qualités de bonté, de loyauté et surtout d'hospitalité.
Janvier 2025
Daprès les écrits de Mr Jean Pierre Dubos et de Mr Norbert Dufau
Manque de photos - est-ce sa place, faut il mettre cette rubrique dans une page dédiée à la forêt
Les
transformations du paysage landais, et en particulier le boisement des zones de pacage, qui est à l'origine du paysage actuel, correspondent à maints égards à la rencontre entre les intérêts et
les besoins de la société française dans son ensemble avec ceux d'une élite locale. Cette élite faite de notables, de grands propriétaires fonciers mais aussi de petits industriels comme les
maîtres de forges, aspirent à la rénovation du système socio-économique de la région. Cette rencontre sait s'appuyer sur un pouvoir politique central ouvert à la perspective d'une telle
modernisation et capable de l'encourager. C'est sur ces bases que se développe le système forestier qui domine l'économie agricole landaise pendant près d'un siècle, à travers le gemmage. Pour
autant, la transition vers le système sylvicole ne se fait pas brutalement. Elle met cinquante ans à s'imposer définitivement, passant par différents stade intermédiaires pendant lesquels
cohabitent les différents types d'exploitation.
La loi de 1857 marque le point de départ de la privatisation des communaux. Or cette privatisation ne contribue pas à la généralisation de la
propriété au sein d'un population rurale essentiellement faite de métayers et de propriétaires. On assiste au contraire à un vaste mouvement de concentration foncière. Ce mouvement tend même à se
renforcer une fois que le système sylvicole commence son essor. Les grands propriétaires développent en effet des stratégies de rachat systématiques des parcelles des petits propriétaires,
asphyxiés par le nouveau système économique. Ces derniers ne pouvant plus avoir recours aux biens communaux pour faire paître leur troupeau, et ne pouvant donc plus fertiliser leurs parcelles
agricoles, sont rapidement contraints de quitter la région ou de devenir métayers. Ainsi, les grands bénéficiaires du mouvement de privatisation des communaux, puis de la mise en place du système
sylvicole, sont les propriétaires rentiers, ainsi que des représentants des professions libérales, des artisans ou commerçants et des industriels locaux. Eux seuls possèdent, en effet, le capital
nécessaire à l'achat de la terre, au drainage des zones humides et à la plantation de pins. De plus, cet investissement important ne peut pas être rentabilisé avant plusieurs années, le temps que
les arbres atteignent leur maturité et soient prêts à être exploités. Les métayers ne disposent pas d'un tel capital et ne peuvent donc entreprendre des travaux sur des parcelles qu'il ne font
que mettre en valeur, sans les détenir.
La récolte de la gemme est déjà implantée dans le département, mais elle n'est encore qu'une activité d'appoint pour la plupart des métayers landais.
Or, au milieu du XIXe siècle, une série de facteurs vient encourager la production et donc, favoriser le développement de la sylviculture et du gemmage dans les Landes. La croissance de
l'industrie, alors grande consommatrice de bois et le développement depuis le début du siècle de nouvelles techniques de transformation de la résine, justifient largement la politique impériale
de développement des zones forestières et l'aspiration des propriétaires landais à voir se développer cette production, ouverte sur un marché national et international, et porteuse de profits
substantiels. Le boisement des biens communaux est donc l'occasion de réorienter l'agriculture locale, ce qui n'est pas sans conséquence sur l'organisation du travail et de la société rurale
landaise. Le principal de ces changements est la généralisation de la rente en argent pour les métayers. Dans le système agricole traditionnel, les métayers touchent en effet une part de la
récolte qu'il utilisent pour leur propre consommation ou, fait relativement rare, qu'il commercialisent. Avec la généralisation du gemmage, la rente en argent, qui existe déjà de façon marginale,
se diffuse largement. Dès lors, les métayers ne touchent plus une part de la récolte, mais une part du prix de sa vente, lorsqu'ils amènent la résine dans les ateliers de transformation. Ce
système est la source d'une forme d'ambiguïté sur le statut des métayers. Ces derniers perçoivent une rente en argent, mais celle-ci est fixée selon l'état du marché. Ainsi, ils peuvent être
tentés de se considérer comme des ouvriers agricoles salariés, tout en étant soumis aux aléas du cours de la gemme. Cette ambiguïté est la source de l'émergence, chez les métayers, d'un véritable
comportement de classe et de l'éclosion des nombreux conflits sociaux qui frappent le monde rural landais aux XIXe et XXe siècles. En effet, le mode de production mi-ouvrier et mi-paysan généré
par ce nouveau système sylvicole repose sur une double base économique : une agriculture vivrière à vocation d'auto-subsistance et une sylviculture industrielle à vocation marchande. Le terme de
métayer-gemmeur traduit bien cette dualité, le premier terme renvoyant au statut juridique et le second, au travail et à la vocation économique de cette catégorie sociale.
Le développement de la sylviculture et du gemmage bénéficie également, à ses débuts, de circonstances économiques particulièrement
favorables. En effet, en 1861, alors que la Guerre de Sécession fait rage aux
Etats-Unis, Abraham Lincoln décrète le blocus des Etats américains du Sud. La France devient le seul pays pouvant fournir des quantités importantes de produits de la résine. En conséquence, dès
1862, le cours de la barrique de gemme s'envole et cette dernière devient une production attractive pour de nombreux propriétaires de la région, tout comme pour des spéculateurs extérieurs au
département. Les propriétaires qui n'ont pas encore opéré leur conversion vers la sylviculture se précipitent sur les communaux et sur les petites parcelles de lande pour les ensemencer et les
transformer en pignadas. Et sous cette pression, les communes aliènent des terrains en grande quantité, accélérant le processus de concentration foncière. Même si elle n'est que de courte durée,
à peine cinq ans, la période de croissance, durant la Guerre de Sécession, soutient le mouvement concentration foncière, en rendant la production de gemme encore plus attractive aux yeux des
investisseurs et des propriétaires.
Aux deux extrémités de l'échelle sociale, la mise en place de ce nouveau système agricole reposant sur l'exploitation de la forêt a pour conséquence de
remodeler fondamentalement les catégories sociales, leur mode de vie et leur identité. Pour le cas des métayers, le fait essentiel est celui de la diffusion de la rente en argent, évoqué
ci-dessus. Leur mode de vie reste à plus d'un titre austère et précaire et ne connait pas d'amélioration sensible, malgré la prospérité du commerce de la gemme et des propriétaires au cours des
années 1860. Pour autant, les rapports entre les différentes catégories sociales connaissent des évolutions. En effet, bien qu'issus de catégories sociales déjà établies dans le système
traditionnel ou de catégories sociales émergentes comme les tenants de professions libérales, les grands propriétaires forestiers se constituent en une véritable bourgeoisie terrienne adoptant
des comportements relativement nouveaux. On assiste par exemple, à l'essor d'une nouvelle architecture bourgeoise, qui tranche avec les critères de différenciation sociale caractéristiques de la
période précédente. Les propriétaires habitant encore la région se regroupent en effet dans les bourgs, rompant ainsi avec le milieu paysan, et imposent un nouveau style : construction de maisons
massives agrémentées de vastes parcs, abandon du bois pour la pierre et de l'ardoise pour la tuile d'importation. Ce regroupement dans les bourgs et dans des maisons radicalement différentes de
celles des ruraux vient matérialiser l'éloignement croissant des propriétaires. La confrontation entre métayers et propriétaires devient ainsi plus rare. A travers cet éloignement constant, les
rapports entre ces deux catégories sociales, de plus en plus marqués par la rente en argent, se dépersonnalisent et s'éloignent des rapports paternalistes traditionnels pour tendre vers des
rapports sociaux conflictuels proches des rapports entre patrons et ouvriers.
Le fait que les métayers ne connaissent pas d'amélioration de leur quotidien, suite à l'essor de la sylviculture, n'est pas la seule ombre au tableau
de la transformation du système agricole landais. En effet, la reconversion de l'économie rurale a un coût. De nombreuses expérience agronomiques sont menées dans les Landes, notamment dans les
domaines de l'empereur ou des ses proches. Pourtant, dans la majeure partie du département, seule la sylviculture se développe durablement. Par exemple, les engrais chimiques, auxquels
Napoléon III porte pourtant une grande attention, ne trouvent pas
leur place dans l'agriculture landaise, caractérisée par la pauvreté de ses sols. Il en va de même pour les moulins qui pâtissent de la baisse importante de l'activité
agricole à partir de la seconde partie du XIXe siècle, alors même que les projets et inventions parfois insolites ne manquent pas.
L'essor du prix de la gemme dans les années 1860 joue certainement un rôle dans ce mouvement, renforçant l'attraction des propriétaires pour une culture spéculative déjà implantée dans la région. Mais la conséquence la plus grave de ces bouleversements économiques, déjà déplorée par un certain nombre de contemporains, tient sans doute au sort fait aux acteurs du système agro-pastoral traditionnel. La vente des communaux condamne les petits propriétaires qui ne peuvent plus faire paître leur troupeau et qui donc ne peuvent donc plus en tirer les fumures nécessaires à la fertilisation de leurs terres. Ainsi, à mesure que s'impose le système sylvicole, l'exode rural s'accélère et connaît une ampleur bien plus grande que dans d'autres régions françaises à la même époque. Entre 1866 et 1911, la population des cantons grands-landais baisse ainsi de 10%. Pour ne prendre qu'un exemple, la seule commune de Saugnac-et-Muret voit s'expatrier 474 habitants entre 1866 et 1881, soit près de 25% de sa population initiale. Pour autant, ce bouleversement radical de la société landaise ne se fait pas sans heurts et sans résistances.
En effet, la privatisation des
communaux et leur transformation en plantations de pins se heurtent à l'hostilité des pasteurs, qui refusent de voir disparaître les espaces de pacages essentiels à l'équilibre de leurs
exploitations. Cette hostilité se manifeste par le déclenchement de nombreux
incendies. Ainsi, pour les trois années 1869, 1870 et 1871, plus de 36000 hectares de forêt sont détruits par le feu. La protection de la forêt contre le feu reste certes précaire à cette époque,
et l'on ne peut donc attribuer l'ensemble de ces destructions à des incendies criminels déclenchés par des métayers ou des petits propriétaires exploitants hostiles. Pour autant, ces derniers
représentent sans nul doute une part majoritaire des cas d'incendies. Cette résistance se développe plus particulièrement à la fin des années 1860 et au début des années 1870, alors que le marché
de la gemme est entré dans une grave crise qui tranche avec la prospérité des années précédentes. Les domaines les plus touchés sont de plus ceux des grands propriétaires absents de la région,
comme les frères Péreire. Dans certaines zones, cette révolte pastorale a quelques résultats et fait reculer pour un temps la forêt. Mais de façon générale, il semble plutôt qu'elle ne
fait au mieux que reculer de quelques années l'avènement du nouveau système sylvicole.
Janvier 2025
© Conseil général des Landes, Juin 2003