Moulins dans les Landes ( 1803-1826)
Les moulins étaient un élément du quotidien. La permanente préoccupation du pouvoir central pour contrôler l'utilisation des rivières a produit de nombreux documents les concernant, tandis que leur complexité technique a souvent nécessité la réalisation de plans détaillés. Au-delà des habituels moulins à farine qui, dans les Landes, présentent parfois des spécificités, on trouve trace de très insolites projets. Sous l'Ancien Régime le moulin est souvent propriété d'un noble ou d'une communauté ecclésiastique, en particulier à cause du coût de sa construction et de son entretien. Souvent l'obligation de son usage participe des droits seigneuriaux. Dans les Landes la plupart des moulins, dont la vocation principale est la mouture des grains, fonctionnent avec la force hydraulique et, pour cette raison, se situent à proximité de ruisseaux à faible débit et à hauteur de chute modeste. Dans la quasi-totalité des cas, les meules sont disposées horizontalement.

Les moulins de Sanguinet

La construction d'un moulin était soumise à autorisation préfectorale et faisait l'objet d'une enquête d'utilité publique; la retenue des eaux par un meunier pouvait, en effet, provoquer, en amont des inondations de prairies ou de passages encaissés nombreux à cette époque: le " Pas de l' Arieste" voisin du moulin Dupont et passage obligatoire pour se rendre à Bordeaux fut, à plusieurs reprises, le théâtre d'enlisements et de chavirement de convois; mais la retenue d'eau pouvait aussi perturber la marche des meules situées en aval; le meunier d'amont gardait-il l'eau dans sa réserve, le ruisseau d'aval était tari, d'où véhémentes plaintes et protestations.

 

Entre 1800 et 1850, il y en avait 700 dans les Landes, surtout dans les régions à forte hydrographie, ce qui n'était pas le cas chez nous où les canaux étaient souvent à sec ou de faible débit.

 

C'est la raison pour laquelle il y eut en 1858 une demande de deux meuniers de Sanguinet de raccorder le canal de Biscarrosse au ruisseau de la Caoue pour alimenter leur moulin; demande refusée pour la raison que le canal était creusé uniquement pour assainir la lande inondée.

 

Comme on le voit, tout n'était pas rose quand vivaient nos aïeux et les éléments leur étaient souvent contraires; mais grâce à dieu, au temps des moulins, une panne de secteur ne risquait pas de paralyser l'activité du pays.

 

Les moulins à eau

Et ! oui, ils ont tourné aussi chez nous, les jolis moulins de notre enfance.

Il y en eut six à Sanguinet, à eau et à vent, sur les ruisseaux serpentant ou dans la lande infinie des bergers échassiers.

Ils se sont tus depuis longtemps et l'on ne perçoit plus leur lancinant "trique-traque"

L'un des plus anciens, le moulin de la Grande-Mole, accuse plusieurs années et le ruisseau de la Gourgue qui l'actionnait, coule toujours auprès de sa haute silhouette. Le Comte François, Ar­mand de Montferrand le fit construire. Le meunier du Comte était chargé de l'exploiter et de collecter les droits de péage du pont de la Grande Mole. Jean GAMET puis son fils Nicolas, originaires de Parentis-en-Born, qui furent successivement maires de Sanguinet pendant plus de 30 ans, l'exploitèrent peu de temps après la révolution de 1789.

Puis ce fut Jeanty LALANNE, venu également du chef lieu de canton, qui en fut propriétaire jusqu'en 1900.

Louis BONAVENTURE vint à son tour de Pontonx-sur- Adour et quelques rares anciens se souviennent encore de lui.

Léon DUMARTIN, son gendre (encore un Parentissois), prit la relève vers 1920; ce fut lui qui en 1923, haussa le bâtiment primitif et remplaça les 2 meules de pierre par des cylindres.

Léon et son fils Raoul furent les derniers meuniers de Sanguinet dans les années 50.

 

Le subdélégué de l’Intendant « constata que si le pont du Seigneur de Civrac était impraticable, il en existait un autre construit à quarante-cinq pas du premier, il y a environ vingt ans », aux frais du propriétaire du Moulin de Montferrand et des habitants de Sanguinet. Le fermier de ce moulin percevait un droit de péage sur ce pont dont il assurait l’entretien. Il est facile de retrouver le ruisseau du Rieumort. Comme me l’a fait connaître très obligeamment M. le Dr Peyneau, le ruisseau de la Gourgue qui, sur la carte de Belleyme, sépare les paroisses du Teich et de Sanguinet, forme deux bras, l’un alimente un moulin; l’autre est appelé, comme ne travaillant pas, le ruisseau mort, le Rieumort.

Ce pont de Montferrand a été refait et consolidé : c’est le pont de la Grande Môle, où passait la route au XV° me siècle, d’après les cartes. (Mole veut dire en gascon moulin ou meule.)

Il y avait un autre moulin à eau à la Petite Mole, près du pont de l'Arieste, au bord de la route de Lugos; Jean VILLENAVE l'avait construit sur le ruisseau de la Caoue vers 1789; on l'appela par la suite, le moulin Dupont, du nom d'un descendant qui l'exploita jusqu'après 1900.

Un troisième moulin de ce type fut également construit sur le ruisseau la Coue, en amont du moulin Dupont, par jean DUBOS dit Biel en 1842 mais il fut, semble-t-il détruit par un incendie quelques années après.

Ces moulins étaient établis sur des ruisseaux de peu d'importance et ne pouvaient tourner que pendant quelques mois de l'année(3 mois , d'après Jean Villenave dit Cadet une lettre adressée au Préfet en 1820).

Les moulins à vent

C'est pourquoi leurs propriétaires, pour satisfaire la demande de leur clientèle, étaient contraints d'avoir aussi recours aux moulins à vent: le vent, autre source d'énergie permanente et gratuite balayant sans relâche les vastes étendues pas encore plantées de pins.

Ces moulins à vent, constructions fragiles exposées aux intempéries, étaient en bois et couverts de paille.

Jayot VILLENAVE dit Jeune et son frère  dit Cadet en possédaient 2 bâtis en 1816 et 1819 à Labégorre, lieu-dit voisin route de Parentis-en-Born appelé depuis : les moulins; deux chênes perdus actuellement au milieu de la forêt de pins situent encore leurs emplacements.

Un 3° moulin à vent tournait près du moulin Gamet cité plus haut, à la Grande Mole.

 

D'anciens documents font état de 2 projets agréés, mais non réalisés; l'un en 1836 déposé par M° François Fabre, notaire à Biscarrosse, était prévu sur le ruisseau du Moulias qui traverse sa métairie de Tasta; l'autre en 1856 présenté par Pierre Dupuy, aubergiste au bourg concernait le ruisseau de la Moulette, en aval du moulin Dupont.

 

 

D'après les écrits du docteur Jean Pierre Dubos, maire de Sanguinet